Philosophie

Les fruits de la passion

APA

L’histoire que je vais vous raconter commence une froide soirée d’hiver dans une campagne reculée du pays. A près d’une heure de la ville en voiture, cette petite ville recluse connaît des soirées hivernales habituellement rudes, des nuits glaçantes que l’on ne connaît que trop bien par ici. Une de ces soirées qui, en plus de glacer le cœur même des habitants, cloître une grande partie de la population dans leurs chaumières. Quatre murs qui servent de boucliers aux plus frileux et de cercueil pour la nuit pour ceux qui hibernent. De toute façon qui voudrait sortir par ce temps ?

Au loin, un claquement vient briser le silence de cette rue paisible. Un bruit qui sonne comme un blasphème dans ce silence. Mais qui oserait réveiller l’obscurité de la nuit aussi brusquement alors que les températures sous zéro arrivent à dissuader même les plus courageux ?

Je me rapproche doucement du lieu d’où le bruit m’est parvenu. Un immeuble. Un petit immeuble avec, sur sa façade, une inscription de 3 lettres : « A.P.A ».
L’étrange bâtiment, toutes lumières éteintes, semble fermé.
Mais alors d’où nous viendrait ce bruit ?
Soudain, une pièce s’allume. 2ième étage, 3ième fenêtre à droite.
Des voix s’y échappent...

« Bonsoir à tous. Je vous remercie pour votre présence et d’avoir fait l’effort de braver les conditions météorologiques hivernales pour venir partager vos témoignages avec vos camarades. Nous savons tous combien c’est important pour chacun d’entre nous. Ce soir nous avons le plaisir d’accueillir un nouveau membre. Mais je vais lui laisser le soin de se présenter et de nous raconter son histoire. »

Sûrement encore une de ces soirées de dépendants anonymes qui viennent pleurer leur manque et déprimer les ¾ des autres participants. Je n’ai réellement jamais compris à quoi pouvait bien servir ce type de meeting, où les participants, assis en rond s’ouvrent à de parfaits inconnus. Bon bah, essayons de déchiffrer un minimum le besoin de ces hommes et de ces femmes. Ecoutons ce que la nouvelle arrivée pourrait nous apprendre.

« Bonsoir, je m’appelle Caroline, je … euh … comment dire …je viens, ici, ce soir, pour partager mon histoire. Et … je … »

« Bonsoiiiiiir Caroliiiiiiine »

« Nous sommes ravis de vous accueillir pour cette séance, Caroline. Mais la coutume veut que le nouvel arrivant, lors de sa présentation, aille directement au bout de son questionnement ... »

« Oui, je m’en doute bien et je vous avoue que j’appréhendais ce moment. Mais je suis là pour ça ... donc ... on recommence : Bonsoir je m’appelle Caroline et moi aussi je suis une Passionnée Anonyme. »

Passionnée Anonyme ? Mais qu’est-ce que peut bien être cette réunion ? Je n’ai jamais entendu parler de personne qui souffraient de problèmes de passion tout de même. Passionné Anonyme ? A.P.A ! Ça doit être ça ! Association des Passionnés Anonyme ! Eurêka !

« Depuis toute jeune déjà, je me sentais habitée par la passion. C’est indescriptible. Tout ce que je pouvais apercevoir autour de moi devenait sujet à réflexion. Je ne pouvais pas passer une heure à jouer comme les enfants de mon âge. Je me devais, par exemple, de comprendre comment les jouets étaient fabriqués et ce que je pouvais faire pour les améliorer. C'est-à-dire que j’avais cette volonté, dès mon enfance, d’optimiser l’utilisation et l’harmonisation des choses autour de moi !!! Vous imaginez ?

Je me suis toujours sentie investie d’une mission, habitée par le feu de ma vision. Vous devez me prendre pour une folle mais c’est réellement un problème au quotidien. Je n’arrive pas à vivre normalement. Chez l’artisan par exemple, quand vous vous y rendez, cela vous prend quelques minutes, moi j’ai déjà passé des heures à donner d’innombrables conseils sur la façon dont il devrait vendre ses produits ou faire la promotion de ses créations. Vous imaginez la tête de mon mari qui attendait son épouse pour souper ?! C’est très difficile au quotidien. »

« Expliquez-nous ce qui est le moteur de cette dépendance, d’après vous ? Comment la ressentez-vous au plus profond de vous ? »

« C’est simple, c’est comme la sève qui coule dans les veines d’un menuisier, c’est ancré en lui. Il ne peut plus regarder un arbre comme vous et moi. C’est impossible.

Moi, j’apporte ce supplément d’âme à tout ce que j’entreprends. Maintenant je vous avoue que j’ai la chance d’en avoir fait mon métier et de pouvoir vivre de ma passion mais j’ai souvent peur d’effrayer mes clients. Vous savez, lorsque je prends un projet en charge, j’y mets tellement de force que j’ai l’impression d’y laisser une part de moi-même. Je ne fais pas uniquement du coaching commercial, j’apporte un accompagnement à tout instant. Ma passion, c’est mon patrimoine immatériel que je partage avec les personnes que je rencontre. Chaque rapport que je remets, j’y intègre des détails et des analyses que d’autres n’offrent pas. Parce que je vis chaque « mission » comme si c’était pour moi... Je fais mon auto-évaluation après chaque rencontre avec mes clients, je suis donc en perpétuelle ébullition.

J’essaie de faire comprendre qu’un site internet ou une boutique en ligne n’est pas une fin en soi ! Sa réalisation professionnelle dépend de tout un travail en amont et oui, qui demande du temps et de l’investissement. Mais qu’est ce qui n’en demande pas ? Je déploie beaucoup d’énergie à valoriser les idées et les conseils les plus pertinents.

J’aime habiller, embellir, sublimer sans jamais travestir chacune de mes missions. Je gagne le cœur de mon client par ma volonté de mettre sa passion en lumière ! Et le plus incroyable dans tout cela, c’est que j’aime tellement ce que me procure la magie du résultat ! Je suis ici, non pas pour enlever ma dépendance à la passion mais simplement pour pouvoir la canaliser.

Je vais terminer en vous donnant un autre exemple encore plus concret de mon problème. En cherchant à m’inscrire pour cette séance, je suis tombée sur votre site internet et je n’ai pas pu m’empêcher de noter toute une série de choses à améliorer. Que ce soit votre logo, votre charte graphique ou votre identité visuelle dans son ensemble, il y a de nombreuses choses à améliorer, Monsieur. Je pourrais vous dresser une longue liste de vos forces et vos faiblesses, tout de suite, si vous le désirez et ... je ... »

« Non, non merci beaucoup Caroline mais ce ne sera pas nécessaire, nous sommes ici pour parler de votre addiction à la passion, votre dépendance à la magie du résultat ! »

« Oui mais j’en ai envie et ça sera très rapide, j’ai déjà tout noté et … »

« Non ! Caroline, je vous remercie mais NON ! Bon, je pense que nous allons en rester là pour ce soir. Je vous remercie de votre présence et vous dis à la semaine prochaine. »

« Vous êtes sûr que vous ne voulez pas entendre mes conseils ? C’est ... »

Inscrivez-vous à notre APA (Association des Passionnés Anonymes) pour nous parler de votre passion pour votre métier !

Prenez contact dès maintenant !

Partagez notre page

Restez informé !

Et découvrez nos dernières activités et nouvelles offres